Lettre n°5 · 20 juillet 2026 · Mélanie Popoff

Tabac, climat, pesticides : le doute a toujours été fabriqué. Par qui, et pourquoi ?

Une lettre Merci Merci sur Stéphane Foucart, les lobbys industriels, la manufacture du doute et les liens entre science, santé et environnement.

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Tabac, climat, pesticides : le doute a toujours été fabriqué.
Par qui, et pourquoi ?

Bonjour
Aujourd’hui, c’est moi, Mélanie qui vous parle. Vous l’avez peut-être constaté, nous diffusons ce nouvel épisode avec un peu de retard. Nous étions l’une comme l’autre sous le rouleau compresseur de cette fin d’année scolaire caniculaire (sachez que je me suis baignée dans le canal saint Martin et qu’aucune maladie de peau ni bras surnuméraire ne sont encore apparus) et nous avons donc choisi de décaler la sortie de cet épisode de 2 semaines. Quel serait le sens d’un podcast sur le Care qui nous rouleau-compresse encore davantage ? Prendre soin, c’est aussi baisser les armes, relâcher la pression, faire la sieste, prendre son temps pour barboter dans l’eau salée tel un bébé veau marin.

Ceci étant dit, je vais vous parler de ce nouvel épisode : sachez d’abord qu’il était absolument nécessaire pour moi que Stéphane Foucart fasse partie des invités de la première saison de Merci Merci.

Écouter l’épisode ici

Stéphane Foucart

Stéphane Foucart est journaliste au Monde. Il y traite des sujets “science et environnement”. Depuis 20 ans, il lit pour nous et diffuse des savoirs scientifiques, il enquête sur des conflits d’intérêts, il “lance l’alerte” sur le changement climatique, les PFAS, les perturbateurs endocriniens, l’extinction de la biodiversité et toutes ces charmantes menaces planétaires.

Si j’ai voulu inviter Stéphane, ce n’est pas pour rabattre votre joie avec un épisode déprimant sur l’état catastrophique des océans, des mouches et des petits d’Hommes. Les journalistes comme Stéphane Foucart m’ont permis de mettre les mots sur un malaise grandissant dans mon métier de médecin, prenant racine dans la façon dont la médecine m’a été enseignée à la fac, et ça comptait beaucoup pour moi de partager cela avec vous.

À la fac, j’ai appris les maladies, leurs facteurs de risque individuels comme la génétique, le tabac, l’alcool. J’ai appris à les diagnostiquer, ces maladies, parfois à les traiter.
Mais pas à comprendre les causes structurelles qui les fabriquent.

“On m’a appris à regarder à la loupe, alors qu’il me fallait un télescope.”

Belle métaphore n’est-ce pas ? Elle est de Stéphane. Et je pense que c’est ici précisément, dans cette nécessité urgente de questionner le rapport de notre métier au réel, que journalisme et santé se répondent.

Ni la science ni la médecine ne sont neutres.
Tout comme l’information n’est pas neutre.


Tourner une question dans un sens ou dans un autre, choisir d’ignorer un sujet, s’intéresser aux origines génétiques des maladies pour délaisser les causes environnementales, présenter les effets du changement climatique au lieu de questionner ses causes : c’est là que les efforts doivent être faits, dans les médias comme dans la santé.

Mais après avoir vu les lointaines causes des maladies avec notre télescope, on serait tenté de baisser les bras. Comment prévient-on les maladies liées à des expositions environnementales généralisées et invisibles, à un travail pénible, à des conditions de vie dégradées, à une alimentation transformée ? Il y a un problème d’échelle qui donne un sentiment d’impuissance. Nous avons besoin de transformations des modes de production agricoles et industrielles pour limiter les risques. D’ailleurs, selon l’OMS, une bonne partie des maladies “politiques” (cancers avant 50 ans, obésité et diabète, maladies neurologiques, infertilité, troubles du neurodéveloppement, maladies cardiovasculaires) pourrait être évitée par une action politique. Et cette action politique, elle tarde. Et nous soignant·es, ça nous inquiète.

Et peut-être que vous aussi vous êtes inquiets, voire en colère.
Vous faites peut-être partie des 2 millions de personnes qui ont signé la pétition contre la Loi Duplomb l’année dernière, vous êtes peut-être déjà descendu dans la rue contre le réchauffement climatique, vous vous demandez pourquoi les PFAS sont encore dans votre cuisine et pourquoi les pesticides qu’on sait cancérogènes sont encore dans vos légumes.

C’est toujours la même histoire : lorsqu’un risque sanitaire qui questionne l’organisation d’une production à grande échelle est révélé par des études scientifiques, et que des intérêts financiers faramineux sont en jeu, la réponse publique traîne et les controverses s’enchaînent. Comme pour le tabac à l’époque, comme pour le changement climatique, comme pour les pesticides. Le déni s’installe. Non, le tabac ne donne pas de cancer du poumon, non, ce ne sont pas les activités humaines qui réchauffent la planète, non les pesticides ne sont pas taaaaant que ça cancérogènes. Oh, regardez là-bas, une femme voilée !

Face aux expositions généralisées, est-ce que le doute est organisé ? Si oui, à quel point, comment et par qui ? C’est de cela dont on va parler dans cet épisode avec Stéphane Foucart. Il nous fera naviguer dans la manufacture du doute, nous révèlera les stratégies mises en place par les grandes industries pour retarder les lois et décrédibiliser les forces d’opposition - soignant·es, victimes, associations.

Nous parlerons du rôle des agences sanitaires et de celui des médecins, scientifiques et soignant·es comme nécessaires gardes-fous au déni scientifique. De comment la concentration des médias par une poignée d’oligarques fait le lit de l’obscurantisme.
Et surtout, de la nécessité de prendre position pour défendre les savoirs, qu’on soit soignant ou journaliste.

Nous vous souhaitons un très bel été et une bonne écoute, de cet épisode et des précédents.

Cliquer pour écouter l’épisode
(Coucou, c’est Laura qui passe la tête, pour vous remercier pour cette belle première saison et vous souhaiter le meilleur été possible. Reposez-vous si vous pouvez, aimez vos proches, rattrapez les épisodes de Merci Merci non écoutés, et lisez des romans. Baci)

Cet épisode clôt la saison 1 de notre podcast Merci Merci.

Vous êtes de plus en plus nombreuxses à nous suivre. Merci pour cela.
Vous pouvez répondre à ce mail avec un mot, une idée ou un merci, on lit tout.

Nous sommes pour l’instant auto-tout : auto produits, auto réalisés, auto équipés. Nous sommes trois, Laura et Mélanie pour la création et l’animation, et Colin à la technique son, création des shorts vidéos qui cartonnent, gestion des réseaux sociaux, publication des épisodes, comptabilité, administration, gardien du temps et des bruits de bouche au micro, montage audio, habillage, rangement, machines à laver. Si vous aimez notre travail, si vous pensez que ce podcast comble un vide dans le paysage médiatique, celui d’un abord politique du soin, alors nous avons besoin de vous pour continuer.

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Attention, moment d’auto-promo :

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Si vous voulez aller plus loin sur l’histoire de l’industrie chimique et vous armer contre le déni face aux pollutions environnementales, j’ai écrit un petit essai à destination de toustes. N’hésitez pas à le commander, et s’il ne vous plaît pas, je vous fais des excuses publiques sur la page insta de Merci Merci.

 

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