Est-ce que l'école est seulement un lieu où l'on enseigne ? Ou est-ce aussi un lieu où l'on protège, où l'on répare, où l'on prend soin ?
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**Mélanie**
Bienvenue dans Merci Merci, le podcast des gens qui prennent soin.
**Laura**
Si on vous dit soin, vous pensez peut-être à une infirmière qui refait un pansement ou à un médecin qui prescrit un traitement. Pour nous, le soin est bien plus vaste. Ici, nous parlons de CARE.
**Mélanie**
Prendre soin, c'est aussi s'occuper des enfants, défendre les plus vulnérables, cultiver la terre, se battre contre les injustices, nourrir les imaginaires. Ce sont toutes les choses, petites ou grandes, qui tissent la toile d'un monde plus vivable. Je suis Mélanie.
**Laura**
Je suis Laura.
**Mélanie**
Nous sommes deux médecins de formation.
**Laura**
Dans ce podcast, nous allons à la rencontre des personnes qui prennent soin d'elles, des autres, du monde.
**Mélanie**
Nous écoutons leurs savoirs, leurs expériences, leurs doutes et leurs joies.
**Laura**
Merci Merci, c'est une façon de dire notre gratitude, car on oublie trop souvent de les remercier, celles et ceux qui font tenir la vie au quotidien.
**Mélanie**
Merci Merci, c'est aussi un lieu où se trouver, se relier, pour se donner de la force et en chemin, faire communauté.
**Laura**
Merci.
**Mélanie**
Aujourd'hui, on reçoit Mouhamadou, enseignant, créateur des comptes Balance pour la Balance, sur TikTok et Instagram, et auteur de "Mouhamadou, le prof, 50 histoires vécues", paru en 2024 aux éditions Hachette. À travers ces récits, il raconte la beauté et la rudesse de ce lieu que nous avons toutes et tous fréquenté, l'école. Ce qu'elle peut apporter en matière de transmission, d'attention, de confiance, mais aussi de violence banale, d'injustice, d'humiliation et de solitude. Avec lui, on va parler d'enfance, d'institution et de ce que cela veut dire d'exercer ce métier aujourd'hui, avec ses joies et ses difficultés. Mouhamadou bonjour.
**Mouhamadou**
Bonjour merci.
**Mélanie**
Alors, on va commencer, on va ouvrir l'épisode, avec une petite anecdote, une histoire vécue tirée de ton livre, si tu le veux bien,
**Laura**
qui parle d'un enfant un peu différent et qui s'appelle Eddy.
**Mouhamadou**
Tout à fait.
**Mélanie**
Eddy Férand
**Mouhamadou**
Oui. C'est un élève que j'avais. J'en parle au possessif alors que non. Ça, c'est déformation enseignante. C'est un élève qui était dans une de mes classes. En CE1 Et qui en fait, effectivement, était un petit peu différent. Comme on l'est toutes et tous en réalité, parce qu'il y a de l'homogénéité dans nos classes, on regarde au plus près, chaque élève a des besoins particuliers. On va dire que lui, il sortait un peu plus de ce cadre un peu rigide qui est dans les classes et dans les écoles. Et pour le coup, ce qu'on a fait, parce que c'était un élève qui avait besoin, on va dire, d'extérioriser beaucoup de choses, qui avait besoin de prendre de l'espace, ne serait-ce que même physiquement en fait. Et ce que j'ai essayé de faire, c'est de m'adapter à ces besoins. Et ce qui a été fantastique, c'est que la classe a suivi. Parce que ce qui est un petit peu délicat, lorsqu'on est enseignants, c'est de se dire, ok, on voit que tous les élèves n'ont pas forcément les mêmes besoins. Alors on va essayer d'adapter, on va essayer d'adapter le cadre, mais ça fonctionne pas toujours, parce qu'on peut se dire au préalable que les élèves vont être un peu jaloux peut-être. Alors qu'en fait, dans les faits, ce n'est pas du tout ce qui s'est passé. C'est-à-dire que les élèves connaissaient cet élève bien mieux que moi. Moi, je suis arrivé en cours d'année et il y avait déjà un climat de classe qui était extrêmement bienveillant autour de cet enfant, différent autour d'Eddie. Et moi, j'ai juste tiré un tout petit peu plus le cadre pour l'adapter un tout petit peu plus. Et ce qui s'est passé, c'est que tout le monde était partant. En fait, c'est-à-dire qu'on balisait la journée de sorte à ce qu'à certains moments, en l'occurrence, en fin de matinée, quand il reste 5-10 minutes, puis en fin de journée, et bien il puisse avoir ces moments où il fasse un petit peu ces spectacles, on a appelé ça comme ça. Et au fur et à mesure du reste de l'année, en fait, les autres sont venus se greffer Et à la fin, ça a donné non pas les spectacles d'Eddy mais des spectacles des élèves de la classe. C'était assez chouette à vivre.
**Laura**
Ça se soulève pas mal de questions. Enfin, je trouve que dans cette petite anecdote, il y a déjà beaucoup d'éléments. Et la question du regard des adultes aussi, tu le dis très bien que cet enfant, il était intégré dans la classe. Et que finalement, le problème, c'était pas tant pour les autres enfants que pour toi. Et comment toi, tu viens faire autorité aussi. Je mets ça entre guillemets. Mais quand même, il y a un côté, tu as 30 élèves dans une classe, il faut pouvoir enseigner, il faut pouvoir transmettre des choses. Et sans humilier, sans écraser. Et c'est vraiment deux questions en une. C'est déjà le regard de l'adulte versus le regard de l'enfant. Et comment toi, avec ton regard d'adulte, avec ta mission d'adulte, tu viens assurer une autorité sans humilier.
**Mélanie**
Oui.
**Mouhamadou**
Si tu veux, moi, je pense que l'autorité, c'est quelque chose qui est assez contextuel. C'est-à-dire que, alors on a toutes et tous, je pense, une vision de l'autorité. C'est-à-dire qu'il y a un rapport descendant. Je suis l'adulte, vous êtes les enfants, je suis au-dessus de vous, c'est moi qui les connaissances. Vous vous t'aisez, je vous apporte ce que j'ai à vous apporter. Vous faites en sorte de l'ingurgité. Ok, d'accord. Mais en réalité, ça ne fonctionne pas comme ça, lorsqu'on est dans un groupe élargi C'est-à-dire que j'aime bien me prendre cette métaphore là, parce qu'au-delà du métier d'enseignant, je fais d'autres choses dans ma vie, comme plein de gens. Je fais du sport, notamment, sport collectif, du basket. Et en fait, dans ce cadre-là, on se rend bien compte qu'on ne s'adresse pas à tous les coéquipiers de la même manière. Alors les élèves ne sont pas mes coéquipiers. Quoique... Parce qu'en début d'année, en fait, ce qu'on doit faire, c'est mener une mission à son terme. Et on ne peut pas le faire sans avoir réussi à embarquer les élèves avec nous. Donc à ce titre-là, en réalité, on est des coéquipiers. Peut-être que je suis le capitaine. Peut-être que je connais l'itinéraire mieux que vous. Parce que j'ai déjà emprunté ce intinéraire J'ai déjà été enseignant pour une classe de CE1. Je sais ce qu'il faut faire. Ok, mais je peux pas le faire sans vous, en fait. Donc moi, mon truc, c'est d'essayer d'embarquer tout le monde avec moi dans l'aventure. Et pour ça, je vais devoir aller au plus près de ce que sont les élèves et essayer de comprendre un tout petit peu ce qui branche chacun à chacun, en fait. Certains, certaines, on n'a pas besoin d'élever la voix Ok, ça fonctionne. Certains, pour lesquels il faut élever la voie. Et ce n'est pas une forme de malveillance. C'est juste de dire, bah, toi, ça fonctionne avec toi, en fait. C'est tout. Et lorsqu'on a trouvé ces petits arrangements, bah, ma fois, je crois qu'on est encore mieux dans notre posture d'autorité, en fait. Après, il y a aussi une question de la manière dont on se place par rapport aux apprentissages. La manière dont on maîtrise plus ou moins les apports, en fait, des programmes qu'on doit ensuite décliner en classe. Plus on a des expériences, vis-à-vis de ça. Mais moins on est rigide sur le cadre. Je pense que moi, je suis arrivé à un stade où ça fait 10 ans maintenant que je fais ce métier ou que j'enseigne. Et pour le coup, je crois que je suis moins dans cette posture rigide que je n'ai plus l'être à mes débuts. Ça, c'est l'expérience.
**Laura**
Dans ton livre, tu abordes aussi souvent ce que ça fait d'être un professeur noir. Tu as plein d'exemples. On te prend pour un dealer, pour l'animateur, pour... Ce n'est pas qu'on te prend, mais on ne veut pas te remettre un colis à l'entrée de l'école.
**Mouhamadou**
Yes.
**Laura**
Voilà, je reprends que tes exemples. Ce n'est pas moi qui fabule. Et tu parles aussi de plusieurs exemples sur la question du racisme entre les enfants. Et le racisme, je le mettrais entre guillemets. Parce que tu doutes toi-même que ce soit du véritable racisme à leur âge. Mais en tout cas, des questionnements sur la couleur. Et je cite encore une fois un enfant qui dit un autre qu'il a la couleur du caca. Bon. Comment tu abordes avec les enfants la question du racisme et de l'histoire coloniale de la France à l'école
**Mouhamadou**
tu donnes l'exemple d'un enfant qui dit à un autre qu'il a la couleur même manière au même moment lorsqu'il se présente. Ça dépend de qui je suis, en fait. Admettons que je sois avec des élèves de CP. Ce n'est pas du tout la même chose que si je suis avec des élèves de CM2 parce que les programmes ne sont pas faits de la même manière. Maintenant, ce que je sais de faire, c'est d'aborder les sujets lorsque les sujets se présentent à moi. A la faveur d'une remarque comme celle-ci, "je n'ai pas envie de jouer avec toi car tu as la couleur du caca." Est-ce que c'est du racisme ou pas Qu'est-ce que l'enfant sait en réalité Est-ce que c'est vraiment un héritage familial Parce qu'on a tendance à penser ça aussi. Ah, ça vient de la famille. Parfois, non. Ça peut venir de l'école, de la société, ça peut venir de plein de choses, des médias, que sais-je Donc, j'essaie d'interroger un peu ça. Et puis, à partir de là, en classe, on en parle, parce qu'assez souvent, ces remarques d'enfants arrivent dans le collectif. Que ce soit dans la cour de récré, que ce soit dans la classe, que ce soit dans le réfectoire, que sais-je Ça arrive devant tout le monde. Donc, je trouve ça intéressant d'en parler devant tout le monde, parce qu'en fait, tout le monde a entendu. Ce n'est pas plus compliqué que ça. Et que dans la vie de tous les jours, même nous, en tant qu'adulte, assez souvent, je crois, c'est des choses qui arrivent dans la sphère publique. Donc, autant qu'on en parle publiquement, pour qu'on mette les choses à plat.
**Mélanie**
On va écouter un extrait documentaire diffusé sur ARTE en 2026, qui s'appelle Qu'est-ce qu'on va faire de toi réalisé par Karel Fitoussi et Salma Shedadi, et qui montre une immersion dans une classe, dans une maternelle REP où on voit comment les enfants apprennent à vivre ensemble, où il n'y a absolument aucun commentaire, ni voix OFF C'est un documentaire super sympa à regarder. Je vous le conseille. On s'écoute un extrait
Enfant 1 C'est quoi la différence entre les femmes et les garçons
Enfant 2 Moi,
Enfant 2 c'est
Enfant 2 la place de la fille c'est à la cuisine.
Enfant 3 Bah, tu sais, mon papa, il fait la vaisselle,
Enfant 3 ça peut être aussi les filles, mais ce n'est pas que les filles.
Enfant 3 Ça peut être aussi les garçons
Enfant 2 Non
Enfant 3 Mon papa, il fait la vaisselle.
Enfant 3 Moi, mon petit frère, je sais pas ce qu'il fait dans la vaisselle.
Enfant 3 Déjà, Arsendo, ce n'est pas normal avec qu'est-ce qu'il dit
Enfant 3 Mon papa, il fait la vaisselle.
Enfant 1 À mon grand frère.
Enfant 1 Mon grand frère, il fait l'aspirateur.
Enfant 1 Et c'est mon papa qui fait la maison.
Enfant 2 Les femmes, ils ont plus de cheveux, ils ont les cheveux longs.
Enfant 1 est plus longs.
Enfant 1 Attends, je te dis
Enfant 3 Hé, lui ce n'est pas une fille
Enfant 1 Une fois, on a mis du vernis à ongles, et Augustin des fois il
Enfant 1 met des paillettes sous ses yeux
Enfant 2 Ceux qui mettent du vernis sur leurs ongles, ben c'est des filles.
Enfant 3 Bah
Enfant 3 non puisque j'en ai mis
Enfant 1 Ouais, ce n'est pas une fille.
Enfant 1 Et non, parce que j'en ai mis pendant les autres vacances.
Enfant 1 C'est la fille
**Mouhamadou**
Excellent.
**Mélanie**
Voilà, donc là, ce qu'on voit dans ce documentaire, c'est à quel point parfois les stéréotypes de genre arrivent tôt, dès la maternelle, avec des comportements... Voilà, les petites filles, elles aiment la reine des neiges, les princesse et les licorne, les petits garçons, ils aiment Spiderman et Sonic, la répartition dans la cour d'école... Enfin, voilà, qu'est-ce que toi, tu... observes de ça, mais qu'est-ce que... Comment tu adresses ça au quotidien
**Mouhamadou**
J'ai envie de dire que j'ai de la chance, je crois, d'être un homme dans un métier où il y a beaucoup plus de femmes, surtout chez les professeurs des écoles. La fonction, je crois, est occupée peut-être à 80 ou 90 par des femmes. Et à ce titre-là, le fait d'être un homme, même moi, en fait, ça la princesse et les licornes, les petits chats, et puis la salle des enseignants, en fait, ça m'a fait évoluer, sur tout un tas de choses, Et c'est la raison pour laquelle j'ai écrit ce livre aussi, c'est la raison pour laquelle je me suis lancé sur les réseaux, ça me dit, enfin, l'une des raisons, en tout cas, me disant, c'est pas du tout la même chose que de voir un lieu, même lorsqu'on a évolué dans ce lieu, parce qu'on a tous et tous été à l'école, et ensuite de l'investir pour y travailler. Ce n'est pas du tout la même chose. Lorsqu'on est à l'extérieur, on a tout un tas d'idées, de préconçus, de fantasmes qui se révèlent parfois très éloignées de la réalité, Et là, le fait d'être dans cette position-là, je la trouve privilégiée, parce que, en tant que garçon, avec d'autres petits garçons, je peux parfois leur montrer que les idées qu'ils peuvent avoir sur les normes genrées sont absolument fausses, Les garçons ne mettent pas de roses, je vais venir un lendemain avec un pull rose, pourquoi pas, et raconter un peu l'historique de cette couleur-là, qui, à la base, était une couleur qui était plutôt du côté des garçons. comme quoi, les vérités, Elles sont relatives, elles sont contextuelles, et on est tous, partie prenante de ces construits sociaux dans lesquels, parfois, on s'en ferme même à un très jeune âge, et c'est ce qu'on a entendu dans ce reportage-là. Donc, oui, je pense juste que j'ai beaucoup de chance d'être dans ce lieu-là pour pouvoir en parler avec les enfants lorsque ça arrive. Lorsque c'est très jeune comme ça encore, c'est très, très rigolo, parce que c'est assez simple, finalement, de commencer à déconstruire. C'est lorsque on évolue près d'un public qui est un peu plus âgé, où les choses sont un peu plus ancrées, on va dire ça comme ça, que ça peut se révéler un tout petit peu difficile. je vois, encore une fois, entre des maternelles et des CM2, ce n'est pas du tout la même chose.
**Laura**
Et un des dispositifs qu'il y a pour répondre notamment au stéréotype de genre, c'est la question de l'EVAR. on va juste être rappelé la différence entre EVARS. Donc, c'est l'acronyme pour Éducation à la Vie Affective et Relationnelle quand on s'arrête à R, et Sexuelle quand on s'en va jusqu'au S. Et nous rappelons à toutes les personnes qui nous écoutent que en maternelle et en primaire, on s'arrête au R, dont on parle de vie affective et relationnelle. Et c'est des sujets que l'on aborde, enfin voilà, les stéréotypes de genre, ça fait partie des sujets qui sont abordés. Est-ce que toi, tu as été amenée à faire ce genre de séance Si oui, comment est-ce que ça s'est passé avec les parents Est-ce qu'il y a eu des appréhensions, des difficultés est-ce que tu as eu l'impression que tu pouvais un peu mener ta barque comme tu le voulais Est-ce que tu as eu l'impression d'avoir été aidé aussi par l'institution à la mener cette barque Ou voilà.
**Mouhamadou**
Wow, il y a plein de choses à dire.
**Mélanie**
On a le temps Question piège.
**Mouhamadou**
Alors, par où commencer La première des choses peut-être, c'est que l'Evars, l'Evars est une composante des programmes scolaires. À ce titre-là, elle est mise d'un point de vue réglementaire sur le même pied d'égalité que le français, les mathématiques, tous les enseignements, en fait. Ça veut dire qu'à priori, je n'ai pas à informer les parents lorsque je mène une séance d'EVARS Il faut peut-être rappeler aussi que dans les programmes, c'est l'EVAR c'est trois heures annuelles. Voilà, donc finalement, c'est très petit. De la maternelle Absolument. Trois heures chaque année. C'est vraiment pas énorme. En réalité, ce qu'il faut expliquer, et ça, c'est le concret, c'est qu'en fait, on fait de l'Evars assez régulièrement à la faveur des situations que l'on rencontre. Une remarque d'enfants comme celle qu'on a pu entendre dans le reportage. Lorsqu'on en parle en classe, on est déjà en train de faire de l'Evars. Donc il n'y a pas à prévenir les parents, non pas par défiance, parce qu'il y a beaucoup d'enseignants qui, en réalité, ne se sentent pas à l'aise, parce que pour plein de raisons différentes, ils ne se sentent pas soutenus par institutions, Ils ne se sentent pas assez outillés pour aborder certaines questions relatives ne serait-ce qu'aux questions de genre. Donc il y a plein de cas différents, et en même temps, c'est juste des choses qui sont déjà dans les programmes. Donc je n'ai pas à prévenir les parents. Lorsque ça s'est passé, parce qu'en début d'année, lors de la réunion parents/profs, évidemment, on peut en parler. "Voici ce que je compte faire." Ça s'est plutôt bien passé, Les parents, ils ont besoin, je crois, d'être rassurés. Voilà. Ils ont besoin, parfois, qu'on leur explique qu'on est aussi à leur place, parce que cette dichotomie qu'on a tendance à présenter sociétal, d'un côté les parents et d'un côté l'institution, dans la réalité, elle ne survit pas deux secondes, parce qu'il y a beaucoup d'enseignants qui sont aussi des parents. Il y a aussi beaucoup d'enseignants qui partagent les idées des parents, qui ne sont pas à l'aise sur ces questions-là. Il y a la même qui ne voudraient pas. Alors ils sont une extrême minorité, qui ne veulent pas mener ces enseignements. Tout ça, il faut l'expliquer aux parents et expliquer exactement ce qu'on compte enseigner à leurs enfants lorsque c'est fait. Ça se passe très, très bien.
**Mélanie**
Qu'est-ce que tu as reçu comme formation de la part de l'éducation nationale
**Mouhamadou**
Alors, jusque cette année, j'aurais dit rien du tout. Mais il y a moins de deux semaines, j'ai vécu ma première formation sur la question de l'EVAR C'était sur quoi? C'était sur la question des programmes, sur ce qui était attendu. Alors je vois qu'il y avait aussi une volonté de rassurer les personnels dont je fais partie. Pas besoin en réalité, parce que je crois savoir ce qu'on peut faire avec, ne serait-ce que sur la question des préventions, en fait. Donc je suis convaincu que c'est un enseignement qu'il faut mener. Alors comment est-ce qu'on le mène C'est peut-être la grosse question, mais sur le fait qu'il faillit le mener, je pense pas qu'il faille avoir débat en réalité. Donc c'était vraiment ça, essayer de répondre à nos questions aussi. C'est-à-dire que moi, j'ai de la chance, encore une fois, pour une autre raison, cette fois, d'être exposé sur les réseaux et d'être identifié en tant qu'enseignant. Chez les petits, il y en a plein qui pensent que je suis en maternelle, exclusivement, ce qui n'est pas le cas. Mais en tout cas, j'ai beaucoup de remontées de parents, en fait, lorsque j'aborde cette question-là. Et c'était l'occasion pour moi de transmettre ces questionnements aux personnes qui étaient là pour nous former, pour nous indiquer en tout cas la marche à suivre. Et elles, parce que c'était deux femmes, on pu répondre à nos questions. Et ma foi, c'était plutôt rassurant. J'ai l'impression que tous ceux qui étaient là en sont ressortis avec plus de billes qu'au départ, en tout cas. Donc ouais, c'était assez bien fait, en fait. J'ai l'impression que tous ceux qui s'opposent à ce programme train de complémenter l'institution alors que...
**Laura**
mais c'est important aussi, parce que, il y a vraiment aussi ce truc de sortir de la volonté individuelle de chacun de la formation individuelle, parce que, en fait, si on ne se repose que sur certains enseignants-enseignantes qui iraient chercher l'information qui pourrait la transmettre et que ce n'est pas uniformisé, c'est la porte ouverte à beaucoup de choses. Et aussi, à des dérives. On a peur des dérives de l'EVAR où les enfants seraient trop au courant de la
**Mélanie**
sexualité, Les Les enseignants qui montrent des vidéos pornographiques
**Laura**
Voilà, exactement. On peut leur apprendre à faire des fellations à l'âge de 4 ans. Donc ça, on peut avoir peur de ces dérives. Alors elles ne sont absolument pas fondées et d'où l'intérêt d'informer. Mais par ailleurs, d'autres dérives aussi, c'est d'avoir des dérives réactionnaires, des dérives. Enfin voilà, par exemple, que dans l'extrait, non, effectivement, un petit garçon ne peut sûrement pas avoir les cheveux longs, ni se mettre du vernis sur les ongles et que une petite fille ne pourra jamais faire de mathématiques. Voilà, c'est important aussi. Voilà, qu'il y ait une volonté de l'institution d'uniformiser ces discours dans le sens de plus d'égalité.
**Mouhamadou**
Tout à fait.
**Mélanie**
L'EVAR et l'EVARS c'est aussi un outil de prévention et une manière de prévenir les violences sexuelles chez les enfants. Donc on sait qu'elles sont plutôt très nombreuses. Le chiffre avancé, qui était avancé par la civise. La commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants. Cette commission qui a révélé ce chiffre de 160 000 enfants par an victime de violences sexuelles, ça fait environ un enfant sur 10. Ça fait en moyenne 3 enfants par classe. Ça veut dire que... Ça veut pas dire qu'il y en a 3 enfants par classe, mais c'est une moyenne. Comment tu penses que l'EVARS a une mission de prévention par rapport à ça
**Mouhamadou**
Je pense qu'il y a effectivement une question de prévention parce que, là, je me fais le relais d'une remarque que j'ai fait remonter pendant cette fameuse formation qui touchait au vocabulaire, en fait. À quel point est-ce que c'est pertinent d'apprendre le véritable nom des parties intimes aux enfants Ce qu'on nous faisait remonter comme information, Si, ça participe de la prévention parce que les prédateurs qui rôdent un peu partout dont, à l'intérieur des écoles, on l'a entendu, on est à Paris ici aujourd'hui, et dans certaines écoles à Paris, des animateurs ont été épinglés pour des faits de pédocriminalité. Mais il n'y a pas qu'à Paris que ça apparaît. Lorsqu'on parlait de tout à l'heure des 160 000 enfants, c'est 160 000 enfants connus. On parle souvent des... Parce que le S a été retiré pour arriver dans le second degré, et pourtant l'âge des premiers abus, c'est 7-8 ans. Donc c'est des élèves qui sont en C1, C2, c'est en élémentaire. Donc c'est des choses très concrètes. À quel point est-ce que ne serait-ce que connaître le nom des parties intimes ça protège les enfants Eh bien ça déroute certains des prédateurs. Parce que lorsque... il y a quelque chose de l'ordre de l'innocence, de pouvoir jouer avec des enfants, de pouvoir agresser des enfants qui en fait ne sont pas en pleine connaissance ou n'ont pas de connaissance par rapport à leur corps. Et si « zézette » est remplacé par « pénis ». Lorsque le prédateur entend le mot pénis, il se dira c'est un enfant qui connaît le nom de ses parties intimes. Donc si jamais il se passait quoi que ce soit, et dans l'effet, c'est ce qui se révèle, on nous a remonté des chiffres qui venaient d'autres pays qui sont un peu plus avancés sur cette question-là, notamment la Norvège. Eh bien en fait, apparemment, le nombre d'agressions a diminué depuis ce enseignement a été mis en place. Et les choses qui ont été faites, concrètement, c'est ça par exemple. Apprendre aux enfants comment s'appellent véritablement leurs parties intimes. Parce que lorsqu'ils, malheureusement, se font agresser, eh bien ils sont plus à même de décrire avec précision ce qui leur est arrivé, l'endroit où ça leur est arrivé. Et ça, ça permet concrètement de les protéger. Pas assez pour dire qu'un enfant qui est face à un prédateur a tous les éléments, tous les armes pour se protéger. Faut pas non plus se leurrer, non, pas du tout. Mais ça facilite tout de même la remontée d'information. Et rien que ça, ça n'est pas rien. Aujourd'hui, on est dans une situation où ne rien faire finalement, c'est favoriser le passage de l'acte de ces prédateurs. On peut pas se le permettre, on est d'accord.
**Mélanie**
Petite recommandation, ressources. Je pense que tu dois connaître, mais moi c'est un livre que je diffuse dans les écoles où j'interviens. C'est les petits livres de Maï Lan Chapiron,
**Mouhamadou**
Absolument
**Mélanie**
"Ceci est mon corps" notamment pour les tout petits, la les petits livres cartonnés ouais, on est d'accord.
**Mouhamadou**
Et le dernier qu'elle a fait avec le juge Durant de la CIVISE justement,
**Mélanie**
"les enfants ont des droits"
**Mouhamadou**
absolument.
**Mélanie**
On mettra les ressources dans les commentaires.
**Mouhamadou**
podcast de Lolita Rivé aussi, plein de choses. Oui, effectivement.
**Laura**
Mais du coup, là, si l'information remonte, voilà, un enfant vient vous voir qu'il vous parle d'une agression, d'une violence sexuelle Est-ce que vous êtes armé pour ça, comment accueillir cette parole, est-ce qu'on a l'impression d'être soutenu par l'institution, est-ce que l'école peut vraiment protéger les enfants C'est ça ma question au fond.
**Mouhamadou**
Qu'est-ce qu'on appelle protéger Si protéger, c'est prévenir, non
**Laura**
Non, non, là, on parle de... voilà, ça arrive, et justement, on a fait les enseignants, l'école fait le taf, on met des mots sur les choses, on ouvre cet espace, vous pouvez parler, les enfants parlent, que faire avec ça.
**Mouhamadou**
Lorsque les enfants parlent, il faut accueillir la parole et il faut la faire remonter. C'est-à-dire que à l'école, et vous êtes assez bien passés pour le savoir, les enseignants ne sont pas des professionnels de santé. On est quelque part des personnes ressources et relais. Donc on prend l'information et on la transmet aux entités qui ensuite peuvent en faire quelque chose, que ce soit le déclenchement d'une information préoccupante, peu importe ce que ça peut être, mais on ne garde pas l'information pour nous, c'est la pire des choses à faire, parce que ça va au-delà du fait que rien ne se passe en réalité. lorsque l'enfant n'est pas écouté une première fois, déjà il y a un risque de récidive, bien entendu, mais surtout l'enfant risque de ne plus parler du tout. Et de perdre totalement foi, totalement confiance en l'institution et par écho aux adultes, parce que ça reste un enfant qui, au-delà d'être dans une institution avec des adultes, il est surtout face à des adultes en fait. Lui il fait pas la différence entre le fait que oui, je suis à l'école et ce n'est pas papa maman, en fait j'ai essayé de parler en fait. J'en ai parlé au moment où j'en avais besoin. Et j'ai trouvé que toi, en face de moi, tu étais la personne qui pouvait accueillir ma parole et tu n'en as absolument rien fait. Ben je perds la confiance et là pour le coup on peut pas en vouloir à des enfants de faire l'amalgame entre un adulte et les adultes. Je t'ai parlé à toi et tu es parti de ce groupe-là. Ben je ne vous fais plus confiance. Voilà ce qui se passe et je vais garder pour moi, avec tous les traumatismes, que malheureusement ça va engendrer. Donc ce qui se joue c'est tout ça en fait.
**Mélanie**
Et cette parole, il faut savoir aussi comment faire pour l'accueillir. Absolument. Parce qu'il y a des choses à faire et d'autres à ne pas faire. Ne pas faire répéter l'enfant. Ne pas poser des questions intrusives. C'est ça, ne pas induire les réponses. Absolument. Donc ça aussi, ça demande d'être formé.
**Mouhamadou**
Tout à fait.
**Laura**
Et ça dans la formation ils l'abordaient
**Mouhamadou**
Dans la formation, cette question-là n'a pas été abordée. Mais je sais qu'il y aura d'autres formations et j'espère que la question sera abordée parce que moi concrètement, ça m'est arrivé sur le terrain, qu'on me dise des choses et je n'étais pas sûr d'avoir la bonne attitude.
**Mélanie**
Il y a un côté rassurant aussi pour les enseignants de voir que la réponse à apporter est collective et qu'on n'est pas tout seul quand la parole de l'enfant se révèle. Et ça c'est quelque chose qui est super important à faire. C'est de ne jamais rester tout seul avec ça et de voir que le directeur ou la directrice, il y a le psychologue scolaire, directeur ou la directrice, il y a le psychologue scolaire, l'assistante sociale, les parents et que la réponse à apporter est collective.
**Mouhamadou**
C'est ce qui participe au soin collectif parce qu'on a cette blessure collective finalement, lorsque les enfants sont blessés dans leur chair et les familles sont entaillées. Comment est-ce qu'on fait pour se réparer collectivement Moi je pense que ça demande de s'accueillir les uns les autres et de considérer qu'en fait on n'est pas tout seul dans cette aventure encore une fois. Il faut faire les choses ensemble, non pas les uns contre les autres.
**Mélanie**
C'est là qu'on voit que l'école ce n'est pas uniquement un lieu d'enseignement.
**Mouhamadou**
Absolument.
**Mélanie**
C'est un lieu aussi où on protège, où on répare ou où on prend soin
**Mouhamadou**
où on peut orienter, en tout cas, vers les structures qui peuvent nous aider à soigner et essayer d'avancer ensemble. Je crois qu'on peut parler de vulnérabilité
**Mélanie**
les enfants c'est un peu... ils sont au croisement de plein de vulnérabilités différentes le fait d'être dépendant matériellement structurellement, émotionnellement des adultes Donc finalement prendre soin à l'école c'est aussi un endroit où on prend soin de ces personnes vulnérables.
**Mouhamadou**
On essaye en tout cas parce qu'il faut pas se voiler la face, j'allais dire
**Laura**
C'est exactement ce qu'on voulait aborder Parfois vous avez l'impression que collectivement d'être un peu tout à la fois, de ne pas juste être enseignant, mais de devoir être prof, éducateur, psychologue, assistante sociale, infirmière, AESH. Est-ce que parfois, ce n'est pas un peu trop? C'est en termes déjà de formation de base, parce qu'on ne peut pas être spécialiste de tout, en termes de charge émotionnelle, de charge mentale, de charge de travail, d'être sous-payé pour ça on peut avoir des sujets là aussi parce que parfois on n'a pas l'impression que l'on vous en fait reposer un peu trop sur les épaules
**Mouhamadou**
J'ai envie de dire oui parce que c'est la ligne droite pour donner une réponse voilà qui en fait en fait apparaitre une autre qui soit beaucoup plus construite parce qu'en fait en vrai je suis en train de hierarchiser dans ma tête de quoi je parle en premier, est-ce que je dis oui on a besoin d'argent mais c'est indécent par rapport au soin dont les enfants ont besoin et en même temps on a envie de soigner on a envie de réparer mais en même temps l'école est aussi un lieu dans lequel on domine les enfants parce que aujourd'hui la question enfantiste est en train de faire un peu surface et l'école est un lieu dans lequel parfois on inflige des violences aux enfants ça aussi il faut le dire en fait et même en voulant être bienveillant l'institution est maltraitante avec les enfants qui en accueillent c'est assez paradoxal et ça ça demande, je crois dans nos formations tout à l'heure on parlait de la question de la racialité tout ça ça demande une éducation par rapport à ça c'est-à-dire que l'école est un lieu qui fait partie de la société c'est un lieu institutionnel qui porte un poids historique et dans cet historique il y a aussi de la violence. Entrer dans cette institution sans connaître l'historique de cette institution ou la manière dont parfois ces violences s'exercent, c'est sans le faire exprès, même avec toute la volonté du monde, participer au cycle de perpétuation de ces violences donc ça demande qu'on connaisse finalement assez bien l'historique de cette institution pour que lorsqu'on rentre dedans on soit au fait de ce qu'il ne faut pas faire pour ne pas reproduire ces violences-là et quand je parle de violences je parle pas de violences physiques je parle par exemple des trajectoires sociales l'école en France est un de ces lieux qui fait que lorsqu'on rentre à l'école et qu'on est fils d'ouvriers on a beaucoup plus de chance d'en ressortir et d'être toujours ouvrier plutôt que d'être élevé socialement et ça c'est une violence vis-à-vis du pacte républicain qu'on a lorsqu'on parle de méritocratie on voit bien que ça ne fonctionne pas ou que ça ne fonctionne que pour certains-certaines si jamais on n'est pas au courant de ça et qu'on rentre dans cette institution juste pour exécuter ce qui est attendu de nous et bien on participe en fait au schéma de reproduction de ces itinéraires brisés donc je pense que la question de la formation est peut-être la plus importante et c'est ce par quoi j'aurais peut-être commencer au-delà de l'argent
**Mélanie**
et je t'ai déjà entendu parler du mot parce que j'avais vu une émission où tu as fait le parallèle d'ailleurs avec le système de santé et les soignants le mot de bien-traitance plutôt que de
**Mouhamadou**
bienveillance parce que alors moi j'évolue pas dans ce milieu-là mais je me projette parfois et j'écoute autour de moi des personnes qui évoluent dans le milieu du soin et la bien-traitance est quelque chose qui est là en tout cas à l'hôpital c'est-à-dire qu'on fait que les moyens du bord pour faire au mieux en fait pour les patients qui on le sait parfois sont dans une souffrance absolument terrible mais on n'a pas les moyens mais on fait que les moyens du bord c'est la bien-traitance et j'ai l'impression que c'est ce qui se passe aussi à l'école, pas la bienveillance
**Laura**
d'ailleurs la différence dans le monde de la santé des soins médicaux, la différence entre la bien-traitance et la bienveillance c'est vraiment ce truc où on dit que l'enfer est pavé de bonnes intentions, ça ne suffit pas d'avoir des bonnes intentions et de en fait si on n'a pas l'information, les ressources, le soutien institutionnel on peut avoir toute la bonne volonté du monde, on peut faire pire, et je rebondis avec ce que tu disais tout à l'heure sur l'accueil de la parole lorsqu'un enfant va parler de violence sexuelle en fait on a les mêmes problématiques en médecine lors de l'accueil d'une parole de quelle que soit la personne sur des violences quelles qu'elles soient et vraiment l'enjeu aussi c'est de ne pas re-traumatiser les personnes parce que nos manières de réagir, de poser des questions et d'adresser à telle ou telle personne en fait ça peut vraiment mettre les personnes dans une situation de difficulté encore plus grande, c'est la question dont tu parlais tout à l'heure mais c'est effectivement le parallèle avec la santé, l'éducation dans ce sens là je pense qu'il est vraiment très pertinent
**Mélanie**
et... Je vais rebondir sur la question du soin à l'école et des enfants qui sont en situation de recevoir des soins des enfants qui ont un dossier MDPH
**Laura**
il faut expliquer ce qu'est MDPH pour les moldus
**Mélanie**
pour les moldus il y a beaucoup d'acronymes dans l'éducation nationale donc qu'est-ce qu'un dossier MDPH La MDPH est la Maison Départementale des Personnes Handicapées auprès de laquelle les parents peuvent faire des demandes pour leurs enfants qui ont des besoins spécifiques pour avoir soit de l'aide humaine à l'école donc c'est les AESH ou anciennement AVS ou avoir une allocation pour pouvoir payer par exemple des séances d'ergotérapie et
**Laura**
des demandes d'orientation en classe aménagée comme les classes ULIS par exemple donc ça c'est ce qu'on appelle l'école inclusive
**Mélanie**
toi, Mouhamadou, est-ce que tu as déjà été en situation de par exemple de t'être retrouvé dans une ULIS ou d'être dans une situation avec des enfants à besoins spécifiques et si tu veux même donner ton avis sur l'école inclusive
**Mouhamadou**
je parle un peu dans le livre, j'ai une histoire qui est relative à ça, effectivement j'ai déjà été dans une école, dans une classe et en fait c'était assez particulier parce que je n'ai pas la formation pour enseigner dans ces classes-là. Il faut avoir une formation assez fastidieuse, qui dure 15 mois, je dis pas de bêtises avec un diplôme à la clé qui s'appelle le CAPPEI j'ai plus toutes les définitions de l'acronyme mais c'est le CAPPEI et en réalité moi je n'ai pas
**Mélanie**
est-ce que je peux nous expliquer en quoi consiste une ULIS
**Mouhamadou**
oui oui, c'est donc une classe ou à proprement parler, on accueille des élèves qui sont en situation de différents handicaps ça peut être des handicaps moteurs, des handicaps cognitifs, des élèves avec des troubles de l'autisme, tout un tas en fait de handicaps différents, en l'occurrence en tout cas la classe dans laquelle j'étais c'était le genre de situation que j'ai rencontré, le genre d'élèves que j'ai rencontré pour lesquels encore une fois je n'ai pas été formé et ce qui s'est passé c'était assez fou en fait c'est que moi évidemment moi j'étais dans une position d'impuissance totale et la personne ressource qui était là avec moi en l'occurrence l'AESH avec beaucoup plus de connaissances concernant les élèves et le handicap que moi et donc c'était plus ou moins elle, on va dire, qui a drivé dans les premiers temps avant que moi je ne comprenne ce que je pouvais faire en fait pour qu'on travaille en équipe, les AESH, je ne sais pas si je l'ai dit, ce sont élèves en situation de handicap, pour celles et ceux qui ne savent pas les moldus comme tu l'as dit, et je raconte qu'en fait c'était fou parce qu'effectivement l'inconfort est là l'impuissance est là mais la mission reste la même c'est-à-dire essayer de faire progresser les enfants, les élèves alors moi mon ressenti par rapport à l'inclusion scolaire c'est que c'est quelque chose qui est très très beau sur le papier mais qui encore une fois sans les moyens ne peut pas se réaliser Voilà. ça ne veut pas dire que les élèves en situation de handicap n'ont pas leur place à l'école, attention non, loin de là, ils ont le droit et ils sont les bienvenus, mais là je reprends un propos d'une enseignante que j'ai rencontrée qui est née en situation de handicap et qui du coup est handicapée depuis la naissance et qui m'a dit que entre le passage du monde finalement parce que l'inclusion scolaire est un terme maintenant qui est démocratisé mais il faut savoir qu'elle a eu lieu en deux temps dans notre pays, c'est-à-dire depuis il y a 20 ans à peu près les élèves en situation de handicap étaient déjà accueillis à l'école mais c'était aux familles de porter toute la structure autour pour que l'élève puisse être accueilli comme il se doit au sein de l'école c'était une charge financière un coût assez monstrueux pour les familles depuis ça a changé et maintenant c'est à l'école lorsqu'on parle d'école inclusive on dit que c'est à l'école de porter cette charge là et cette enseignante me dit qu'entre le moment où elle était enfant et on était du coup à l'heure de l'intégration, ça s'appelait comme ça et depuis le moment où on est passé à l'inclusion, et bien finalement rien a changé c'est assez fou parce que là du coup c'est une personne concernée qui a vécu des deux côtés elle a eu son enfance ou elle était scolarisée et maintenant elle est passée de l'autre côté elle est enseignante et elle me dit, rien a changé, c'est juste du verbiage politique mais qu'en fait l'inclusion n'est pas plus réaliste que lorsqu'elle était enfant et je trouve ça absolument terrible parce que c'est-ce que j'ai vu mais je n'aurais jamais pu le dire parce que moi je n'ai pas de souvenir en tant que enfant en situation de handicap puisque je ne suis pas dans cette situation là mais de l'entendre de la bouche de quelqu'un qui l'a vécue, ça acte une certaine réalité qu'on ne peut pas ignorer.
**Mélanie**
Surtout qu'en parallèle de la mise en place de la mission d'inclusion à l'école il y a une diminution des structures de soins externes et de structures d'accueil pour les enfants puisque c'est maintenant à l'école de les accueillir donc il y a vraiment une inadéquation entre les besoins et l'offre et des enfants qui sont finalement mal inclus, mal accueillis parce que les personnels ne sont pas assez formés, pas assez de monde que des postes d'AESH ne sont pas pourvus aussi.
**Mouhamadou**
Absolument et lorsqu'on parle de violence institutionnelle c'est ça. L'enfer est pavé de bonnes intentions comme tu le disais là on est dans la violence la plus manifeste alors que c'est peut-être pas ce qu'on recherche on devrait pouvoir accueillir les enfants le vœu est pieu, maintenant les moyens sont pas là, quand on les accueille c'est n'importe quoi, c'est d'une violence sans nom
**Laura**
et c'est pire aussi pour les autres élèves.
**Mélanie**
Absolument. Alors on a bientôt terminé je voulais terminer, on ne s'était pas dit qu'on allait l'aborder mais quand tu abordes Eddie et sa petite histoire on voit qu'Eddie c'est un enfant qui est très agité qui a des difficultés de concentration Oui. et moi ça me fait penser à l'influence des écrans sur la santé des enfants c'est un sujet assez vaste et dont on parle déjà beaucoup ailleurs mais j'aimerais bien avoir ton regard là-dessus comment tu en parles aux enfants est-ce que tu fais un peu de prévention par rapport à ça
**Mouhamadou**
Oui, oui, oui d'autant que je l'entends les élèves ont des écrans de plus en plus tôt en fait c'est-à-dire qu'encore une fois c'est relatif mais je suis un jeune enseignant ça fait que je suis là mais en 10 ans j'ai vu une différence c'est-à-dire que les écrans sont de plus en plus tôt dans les mains des enfants j'ai des les élèves qui parfois en grande section de maternelle me disent qu'ils ont leur tablette et qu'ils s'en servent avant de dormir
**Mélanie**
Moi aussi
**Mouhamadou**
Bon, donc c'est réel et je trouve ça terrible je trouve ça absolument terrible paradoxalement à l'école on a des écrans de plus en plus et du coup les élèves sont noyés sur les écrans c'est leur nouvelle réalité c'est celle dans laquelle ils ont grandi donc pour eux c'est quelque chose qui fait partie de leur normalité mais on le sait que ça a des effets néfastes pas tout le temps, pas partout les écrans on peut s'en servir pour faire de bonnes choses il ne faut pas non plus tout diaboliser par contre la manière dont on s'en sert de manière sociétale ça nous fait penser que on n'a pas compris comment s'en servir, l'écran comme le stylo c'est un outil on s'en sert quand on a besoin pour faire quelque chose et puis ensuite on le laisse on le laisse, on fait autre chose les enfants aujourd'hui ont de moins en moins, je crois l'habitude de s'ennuyer de ne rien faire alors que quand on ne fait rien on ne fait pas littéralement rien le cerveau se mobilise pour faire d'autres choses bon là je suis pas médecin, ce sera à vous de me le dire mais j'ai mes propres souvenirs d'enfants ou lorsque je ne faisais rien ce n'est pas parce que je n'avais pas d'écran c'est parce que j'étais pauvre il faut le dire aussi c'était des moments dont je garde le souvenir, je C'est-à-dire en me disant je me demandais ce que j'allais faire, j'avais des plans en tête, j'avais des projets et parfois j'écrivais comment j'allais obtenir ce dont j'avais besoin plus tard alors certains de mes rêves se sont réalisés mais ce n'est pas grave, je pense qu'on a besoin parfois de ne rien faire et à ce titre là je tiens aussi à saluer parfois les initiatives qu'il y a dans les écoles comme le quart d'heure de lecture qui s'est démocratisé en début d'après-midi assez souvent dans les écoles dans lesquelles je passe en tout cas dans le Val-de-Marne en revenant de la pause déjeuner les élèves et souvent les enseignants dont moi je fais partie on prend un bouquin et on bouquine pendant 15-20 minutes c'est assez chouette et puis ensuite on en parle, réintroduire ça ce genre d'habitude je pense que c'est une bonne chose si on n'est pas capable de ne rien faire, juste de ne rien faire parce que lire c'est déjà quelque chose on est d'accord.
**Laura**
moi aussi en tant de parents je réagis aussi à ça donc c'est un des derniers sujets qu'on voudrait aborder c'est la question de la coéducation, et ce sujet-là je trouve qu'il fait bien le lien avec parce que on a vraiment nous, enfin nous, le nous parental, un rôle de transmission et d'exemplarité aussi et que quand on passe notre temps sur les écrans c'est vrai, je veux dire et la question de la lecture, de montrer qu'on lit etc, bon ça fait vraiment le lien aussi et tu l'as abordé tout à l'heure on a souvent cette idée qui oppose donc l'enseignement à l'école, l'éducation à la maison, on voit avec tous les exemples qu'on a pris, donc ce dernier exemple que c'est beaucoup plus compliqué que ça que un enfant ça grandit avec toutes ces choses qui sont autour de lui l'école, la maison, mais comme on l'a dit toute la société qui l'entoure enfin il faut beaucoup, beaucoup de choses pour grandir, comment en pratique quand on est enseignant et qu'on est dans une institution aussi où on n'a pas tous les moyens, on ne fait pas ce qu'on veut tu ne peux pas faire tout ce que tu veux comment est-ce qu'on travaille avec les parents comment on crée une alliance, comment intégrer aussi, parce que moi j'ai l'impression en tant que parent qui a ses enfants dans une école publique, de ne pas être très intégrée non plus dans l'école, moi longtemps j'ai pris le parti de me dire, chacun son métier et je fais confiance et c'est vrai, je fais confiance cependant je me dis sur plein de sujets j'aimerais parfois qu'il y ait plus d'échange et qu'on travaille plus main dans la main pour pas ce qu'on va vers les mêmes objectifs qui est de faire grandir un enfant heureux, sain et voilà comment faire ça au niveau qui est le tien et qui n'est pas le niveau politique
**Mouhamadou**
alors je pense que déjà il faut partir de certaines réalités c'est-à-dire que d'un côté comme de l'autre on a des stéréotypes en tête et ces stéréotypes se révèlent vrais c'est-à-dire que les parents pénibles existent et les enseignants qui ne veulent pas partager existent aussi qui sont un peu crevards Voilà. ou juste qu'ils se disent: chacun son domaine, en fait. Vous êtes les parents vous occupez vos enfants à la maison et nous on est à l'école, on s'occupe de nos élèves Voilà. sauf qu'encore une fois, on l'a vu tout le temps dans l'échange, que la réalité est plus compliquée que ça elle est beaucoup plus nuancée, c'est-à-dire que les élèves que nous on accueille au sein des écoles restent les enfants des parents qui nous les confient et vis-à-vis de ça on a un devoir d'information vis-à-vis de ces parents donc plus on va être transparent, moi Je ne dis pas que c'est la vérité c'est mon expérience plus on va être transparent avec les parents et moins on aura d'adversité en face et plus on aura de cohésion et plus on aura d'adhésion je ne dis pas que à la fin de l'année vous serez amis avec tous les parents ce n'est pas le but de rechercher je ne vais pas être pote avec tous les parents. J'ai déjà mes amis ils sont bien ils sont assez relous comme ça aussi en même temps et c'est pour ça que ce sont mes amis Donc très bien, je ne vais pas me prendre plus la tête que ça. par contre je remarque plus on est transparent avec les parents qu'à concrètement, un élève qui est pénible en classe moi personnellement, je comprends tout ce qui est qui est tableau de comportement tout ça parce que c'est facile dit comme ça quand tu as 30 élèves tu ne vas pas prendre ton téléphone pour dire aux 30 parents voici ce qui se passe tableau de comportement c'est très très simple tu mets des couleurs, les parents ça, à peu près tu peux nous expliquer ce que c'est Oui, oui, c'est... sur un carnet de liaison, les carnets de liaison des élèves tu vas avoir un code couleur qui dit qu'à la fin de la semaine ou la fin de la journée quand t'es en vert super quand t'es en jaune c'était moins bien quand t'es orange c'était compliqué quand t'es en rouge c'est chaud pour toi Voilà. et donc ça offre aux parents une occasion à la fin de la journée ou à la fin de semaine de dire voici comment s'est passé ta semaine sur le point du comportement certains font ça je ne leur en veux pas c'est leur manière de fonctionner on peut en dire ce qu'on veut moi personnellement je ne fonctionne pas comme ça
**Laura**
on va poser notre dernière question Rituelle est-ce que toi tu prends soin de toi et si oui comment
**Mouhamadou**
j'essaye de prendre soin de moi est-ce que je réussis ouais je crois ce n'est pas trop mal c'est à dire que qu'est-ce que je fais pour bien me sentir? franchement des fois par exemple la question des réseaux sociaux je coupe les réseaux sociaux c'est-à-dire que j'y suis bien c'est sympa d'échanger avec les gens et puis en même temps c'est une espèce de charge que je me suis infligée tout ça. Donc je dois savoir m'en délester parfois pour retourner à la vie réelle parce que j'en suis pas au stade ou j'espère que je ne l'atteindrai jamais, où les réseaux sociaux soient ma vraie vie Voilà. finalement les gens connaissent très peu de choses, que je suis enseignant et ça me va vous avez pas besoin d'en savoir plus moi je suis tranquille en fait voilà donc vraiment pour bien me sentir j'essaye de mettre les réseaux de côté de faire les choses qui me font du bien que ce soit de la lecture voir des amis faire du sport du basket en l'occurrence ma vie de famille des choses basiques tout le monde genre manger dormir j'aime bien dormir dormir c'est trop bien dormir les jours où j'arrive à dormir 7 h je suis trop bien
**Laura**
merci beaucoup merci beaucoup d'avoir accepté cette invitation on va terminer par le quiz de Mélanie le petit jeu
**Mélanie**
Alors,
**Laura**
tout à l'heure nous avons parlé du langage de l'éducation nationale plein, rempli d'acronymes, mais aussi rempli de mots étranges pour dire de façon compliquée quelque chose de très simple donc c'est simple je vais dire un terme et vous allez le traduire en langage Éducation nationale voilà il y a des pièges il y a des mots qui n'ont pas de traduction officielle en langage Éducation nationale mais on peut l'inventer si on était ministre de l'éducation nationale on pourrait imaginer donner un nom particulier on y va redoublement
**Mélanie**
Comment on dit un redoublement pour l'éducation nationale?
**Laura**
un maintien un maintien
**Mélanie**
Ah, je savais pas. Un maintien. Ok. Ok.
**Laura**
ok comment on dit le temps de cantine la pause méridienne
**Mélanie**
Bien.
**Laura**
le temps de pause méridienne tout à fait comment on appelle-t-on un ballon
**Mouhamadou**
un référentiel bondissant
**Laura**
je pense que c'est un peu un mytho, c'est toujours vrai
**Mélanie**
Non, ce n'est pas vrai.
**Mouhamadou**
En tout cas, ce n'est pas toujours mal. il y a des trucs qui sont en vantonnaie
**Laura**
un référentiel bondissant je pense que c'est un peu
**Mouhamadou**
un mytho, je ne vais pas les vérifier, mais ça m'a été en tête, c'était fou C'est quoi ça?
**Laura**
un élève qui fout particulièrement le bordel
**Mouhamadou**
il n'a pas besoin d'éducation particulière, il n'a pas besoin d'éducation particulière
**Laura**
alors non c'est ça le niveau de l'éducation
**Mouhamadou**
mais ce n'est pas bien parce que un élève a besoin d'éducation particulière c'est autre chose
**Laura**
c'est un autre un élève qui fout le bordel il y a un vrai mot ce n'est pas un vrai mot, il y a un dispositif de l'éducation nationale pour ces élèves là avec un protocole de prise en charge spéciale un élève perturbateur c'est ça c'est un élève hautement perturbateur c'est genre en zirée de la police ou de... ou de moins inflammable
**Mélanie**
C'est un élève qui est un peu plus fort. Ou un peu moins inflammable. Un tout seul.
**Laura**
on met des étiquettes dans le dos attention un élève perturbateur
**Mouhamadou**
Unier HP. un crayon un outil scripteur
**Laura**
bravo la différence entre les vrais enseignants et les parents perdus
**Mouhamadou**
moi je peux dire que c'est un terme que je n'emploie jamais les enfants prenez votre outil scripteur non jamais de la vie, sortez votre crayon
**Laura**
on vous le transler dans la formation c'est un truc on dit parce que c'est un langage institutionnel
**Mouhamadou**
Oui, j'ai du gage en temps.
**Laura**
tu le vois sur des comptes rendus tu le vois... ouais alors une réunion par en preuve directrice
**Mouhamadou**
la vision de l'enfer j'allais dire un conseil d'école
**Laura**
non c'est plus restreint c'est une équipe éducative
**Mélanie**
OK.
**Laura**
donc dans les parents oui
**Mélanie**
Attends. Rentreuse.
**Laura**
attends on fait partie de la team c'est ça c'est quand il y a un enfant par exemple au milieu d'année qui a des grosses grosses difficultés pour rentrer dans l'écriture il y a un souci donc on suspecte un trouble du langage écrit, une dyslexie ou quelque chose comme ça ça peut être un exemple en fénéré nous, d'équipe avec enseignants ou enseignants, directeurs, directrices par an tout le monde est un peu mieux maniveau il y a aussi du coup médecin scolaire psychologue scolaire, des fois l'assistante sociale c'est très très riche parce que c'est vraiment un beau moment d'échange, il y a des partenariats entre les parents, les profs, mais entre tout le monde des fois ça viera pas au tribunal c'est du petit c'est du polépère oui ça aussi la limite bon alors un dernier un enfant qui vient systématiquement poucave les médecins des une balance ou un élève en situation de délation répétitive ce n'est pas mal pas mal du tout bon voilà c'est tout pour aujourd'hui c'est tout pour moi je pense qu'on a fait des beaux échanges aujourd'hui Merci.
**Mouhamadou**
Merci beaucoup. Je suis très heureux d'avoir été là. pour l'invitation.
**Mélanie**
Merci. On rappelle ton livre: Mouhamadou, le Prof, 50 histoires vécues, paru en 2024 2024. aux éditions Hachette. j'aime bien les phrases à trous comme ça j'en ai retour en CP Vas-y, on peut en faire une autre si tu veux. Je vous le conseille vraiment, ça décloisonne un peu le mur entre l'école et les parents exactement voilà et on vous mettra comme d'habitude toutes les petites ressources en commentaire en Ouais. descriptif, en commentaire voilà merci beaucoup merci à vous encore une fois